Examens & Diagnostic
Comment savoir si je fais de l’hypertension artérielle ?
Vous avez un chiffre en tête et vous voulez savoir s'il est élevé. Voici le repère, ce qu'il vaut, et pourquoi une seule mesure prise au cabinet ne suffit jamais à décider.
Dr Sana Amraoui · 6 min · Septembre 2026
Cardiologue et rythmologue interventionnelle. Formée à Bordeaux et à Londres, j’accompagne mes patients à Paris dans le traitement des troubles du rythme cardiaque et la prévention cardiovasculaire.
« Docteur, ma tension était à 15 chez le médecin, mais elle est normale chez moi : suis-je hypertendu ? » C’est une question que l’on me pose très souvent. L’hypertension artérielle est la maladie chronique la plus fréquente, et l’une des plus sournoises, car elle ne fait pas mal. Bien la diagnostiquer suppose de bien mesurer, et surtout de mesurer en dehors du cabinet. Voici les bons repères, et pourquoi, en tant que rythmologue, j’y attache tant d’importance.
Une maladie fréquente… et silencieuse
Dans le monde, environ 1,4 milliard d’adultes de 30 à 79 ans sont hypertendus, soit un sur trois. Près de la moitié l’ignorent, et moins d’un quart ont une tension contrôlée1. En France, l’hypertension serait responsable de plus de 55 000 décès par an, soit 8,5 % de l’ensemble des décès2.
Le plus souvent, elle ne donne aucun symptôme. Lors de poussées importantes, elle peut provoquer des maux de tête, des vertiges, des bourdonnements d’oreille, des palpitations ou des saignements de nez. Mais attendre les symptômes, c’est souvent attendre les complications.
Pourquoi c’est important, y compris pour le rythme cardiaque
Avec les années, une tension trop élevée abîme les « organes cibles » : le cœur s’épaissit (hypertrophie ventriculaire gauche), les artères se rigidifient, et le risque d’AVC, d’infarctus, d’insuffisance cardiaque, d’insuffisance rénale et de troubles cognitifs augmente. À l’inverse, chaque baisse de 10 mmHg de la pression systolique réduit d’environ 20 % les événements cardiovasculaires, d’environ 27 % les AVC et d’environ 28 % l’insuffisance cardiaque3.
En tant que rythmologue, je vois chaque jour une autre conséquence : l’hypertension fait travailler l’oreillette gauche sous pression, qui se dilate et se fibrose. C’est l’un des facteurs de risque les plus fréquents de fibrillation atriale, et son contrôle fait partie intégrante de la prise en charge de cette arythmie4. Chez mes patients, contrôler la tension, c’est aussi protéger leur rythme cardiaque.
Les seuils à connaître
La tension s’exprime en millimètres de mercure (mmHg), avec deux chiffres : la pression systolique (quand le cœur se contracte) et la pression diastolique (quand il se relâche). Une tension « à 15 » correspond à 150 mmHg de systolique. Les recommandations européennes retiennent les seuils suivants pour parler d’hypertension5 :
- au cabinet : 140/90 mmHg ou plus ;
- à domicile (automesure) : 135/85 mmHg ou plus ;
- sur 24 heures (MAPA) : 130/80 mmHg ou plus, avec 135/85 le jour et 120/70 la nuit.
Entre 120/70 et 139/89 mmHg au cabinet, on parle désormais de tension « élevée » : ce n’est pas encore une hypertension, mais le risque augmente déjà, et l’hygiène de vie doit être renforcée5.
Pourquoi une mesure au cabinet ne suffit pas
La tension varie en permanence : elle monte avec l’effort, l’émotion, le café, le tabac ou la douleur, et baisse au repos et pendant le sommeil. Une mesure isolée peut donc tromper dans les deux sens. C’est pourquoi les recommandations demandent de confirmer le diagnostic par une mesure en dehors du cabinet : automesure ou MAPA5,6.
Au cabinet, la mesure doit elle-même respecter des règles : plusieurs minutes de repos en position assise, dos appuyé, jambes non croisées, bras soutenu à hauteur du cœur, pas de café, de tabac ni d’effort dans les 30 minutes précédentes, et un brassard adapté à la taille du bras (trop petit, il surestime les chiffres).
L’automesure : la règle des 3
L’automesure se fait avec un tensiomètre validé, au bras (et non au poignet), muni d’un brassard adapté. La « règle des 3 » est simple6 :
- 3 mesures le matin, avant le petit-déjeuner et la prise des médicaments, et 3 mesures le soir, avant le coucher, à une ou deux minutes d’intervalle ;
- pendant 3 jours consécutifs, assis, au calme, sans parler ;
- notez toutes les valeurs, sans les trier, et apportez-les en consultation : c’est la moyenne de ces 18 mesures qui compte.
Une précision importante pour mes patients : en cas de fibrillation atriale, les tensiomètres automatiques sont moins fiables, car le rythme est irrégulier. Les recommandations conseillent alors une mesure manuelle ou des mesures répétées5.
La MAPA, ou Holter tensionnel
La mesure ambulatoire de la pression artérielle (MAPA) utilise un brassard relié à un boîtier porté pendant 24 heures, qui mesure la tension toutes les 15 à 30 minutes, y compris la nuit. Elle ne doit pas être confondue avec le Holter ECG, qui enregistre le rythme cardiaque.
Son grand intérêt est d’explorer la tension nocturne. Normalement, la tension baisse de 10 à 20 % pendant le sommeil (profil « dipper »). L’absence de baisse (« non-dipper »), ou une tension plus haute la nuit que le jour (« riser »), est associée à un risque cardiovasculaire plus élevé : la tension nocturne est même l’un des meilleurs prédicteurs du risque7.
Je la demande en particulier en cas de suspicion d’effet blouse blanche ou d’hypertension masquée, d’hypertension résistante aux traitements, de mesures très variables, de malaises évoquant un excès de traitement, ou pour vérifier l’efficacité d’un traitement récent.
Effet blouse blanche et hypertension masquée
- L’effet blouse blanche : la tension est élevée au cabinet, mais normale ailleurs. Il est plus fréquent chez les personnes âgées et chez les femmes. Le risque est plus faible qu’en cas d’hypertension confirmée, mais un suivi régulier reste nécessaire, car une partie de ces patients deviendra hypertendue avec les années5,6.
- L’hypertension masquée : la tension est normale au cabinet, mais élevée à la maison. C’est le vrai piège, car elle passe inaperçue. Son risque cardiovasculaire est environ deux fois plus élevé que celui d’une tension normale, proche de celui d’une hypertension classique8. Seule une mesure hors du cabinet permet de la détecter.
Le cas de l’apnée du sommeil
Une tension élevée la nuit, ou une hypertension difficile à équilibrer, doit faire rechercher un syndrome d’apnées du sommeil : ronflements, pauses respiratoires remarquées par l’entourage, fatigue au réveil malgré un sommeil suffisant. Il est retrouvé chez près de deux tiers des patients atteints d’hypertension résistante9. Le dépistage se fait simplement par une polygraphie ventilatoire, et le traitement améliore souvent à la fois la tension et certains troubles du rythme, dont la fibrillation atriale.
Comment faire baisser sa tension ?
Les mesures d’hygiène de vie sont la première étape, et elles sont efficaces5 :
- Réduire le sel, à moins de 5 g par jour : chez les hypertendus, une réduction modérée et durable fait baisser la systolique d’environ 5 mmHg10. Attention au sel « caché » : pain, charcuterie, fromages, plats préparés.
- Perdre du poids si besoin : chaque kilo perdu fait baisser la tension d’environ 1 mmHg11.
- Bouger : au moins 150 minutes d’activité physique modérée par semaine, comme la marche active.
- Limiter l’alcool, arrêter le tabac, privilégier une alimentation riche en fruits et légumes.
- Gérer le stress : la cohérence cardiaque est un complément simple, utile notamment en cas d’effet blouse blanche.
Si ces mesures ne suffisent pas, ou d’emblée lorsque le risque est élevé, un traitement médicamenteux est proposé. L’objectif est le plus souvent une systolique entre 120 et 129 mmHg, si le traitement est bien toléré5. Un traitement ne doit jamais être arrêté sans avis médical, même lorsque la tension est redevenue normale : c’est souvent le signe qu’il est efficace.
Quand consulter en urgence ?
Appelez le 15 si votre systolique dépasse environ 180 mmHg et s’accompagne d’un mal de tête violent, de troubles de la vue, d’une douleur dans la poitrine, d’un essoufflement soudain, ou d’une faiblesse ou d’un engourdissement d’un côté du corps.
En résumé
L’hypertension artérielle est fréquente, silencieuse et lourde de conséquences, pour le cœur, le cerveau, les reins… et pour le rythme cardiaque. Son diagnostic repose sur des mesures répétées en dehors du cabinet : automesure selon la règle des 3, ou MAPA, qui explore aussi la tension nocturne. Hygiène de vie, recherche d’une apnée du sommeil, et traitement si besoin : bien contrôlée, la tension protège durablement votre cœur.
Secrétariat : 07 55 50 52 58
Références
- Organisation mondiale de la santé. Hypertension : principaux faits. Aide-mémoire, septembre 2025.
- Grave C, Bonaldi C, Carcaillon-Bentata L, et al. Le fardeau de l’hypertension artérielle en France en 2021. Bull Épidémiol Hebd. 2025;(12):196-206.
- Ettehad D, Emdin CA, Kiran A, et al. Blood pressure lowering for prevention of cardiovascular disease and death: a systematic review and meta-analysis. Lancet. 2016;387(10022):957-967.
- Van Gelder IC, Rienstra M, Bunting KV, et al. 2024 ESC Guidelines for the management of atrial fibrillation developed in collaboration with the European Association for Cardio-Thoracic Surgery (EACTS). Eur Heart J. 2024;45(36):3314-3414.
- McEvoy JW, McCarthy CP, Bruno RM, et al. 2024 ESC Guidelines for the management of elevated blood pressure and hypertension. Eur Heart J. 2024;45(38):3912-4018.
- Mancia G, Kreutz R, Brunström M, et al. 2023 ESH Guidelines for the management of arterial hypertension. J Hypertens. 2023;41(12):1874-2071.
- Hansen TW, Li Y, Boggia J, Thijs L, Richart T, Staessen JA. Predictive role of the nighttime blood pressure. Hypertension. 2011;57(1):3-10.
- Pierdomenico SD, Cuccurullo F. Prognostic value of white-coat and masked hypertension diagnosed by ambulatory monitoring in initially untreated subjects: an updated meta analysis. Am J Hypertens. 2011;24(1):52-58.
- Pedrosa RP, Drager LF, Gonzaga CC, et al. Obstructive sleep apnea: the most common secondary cause of hypertension associated with resistant hypertension. Hypertension. 2011;58(5):811-817.
- He FJ, Li J, MacGregor GA. Effect of longer term modest salt reduction on blood pressure: Cochrane systematic review and meta-analysis of randomised trials. BMJ. 2013;346:f1325.
- Neter JE, Stam BE, Kok FJ, Grobbee DE, Geleijnse JM. Influence of weight reduction on blood pressure: a meta-analysis of randomized controlled trials. Hypertension. 2003;42(5):878-884.
Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Si besoin, demandez l’avis de votre médecin ou de votre cardiologue.
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