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Examens & Diagnostic

Le Holter ECG : à quoi sert-il et comment bien le porter ?

Un petit boîtier qui enregistre votre cœur de 24 heures à 2 semaines. On vous explique simplement à quoi il sert, comment il se déroule et pourquoi votre cardiologue vous l'a prescrit.

Dr Sana Amraoui · 5 min · Juin 2026

Cardiologue et rythmologue interventionnelle. Formée à Bordeaux et à Londres, j’accompagne mes patients à Paris dans le traitement des troubles du rythme cardiaque et la prévention cardiovasculaire.

« Docteur, mon électrocardiogramme est normal, et pourtant je sens bien que mon cœur s’emballe ! » C’est une situation que je rencontre tous les jours en consultation. Un électrocardiogramme ne dure que quelques secondes, alors que les troubles du rythme sont souvent intermittents. Pour les documenter, il faut enregistrer le cœur plus longtemps, dans la vie de tous les jours : c’est le rôle du Holter. Voici à quoi il sert, comment je choisis le type d’enregistrement, et comment bien le porter.

Qu’est-ce qu’un Holter ECG ?

Le Holter ECG est un électrocardiogramme ambulatoire : un petit boîtier, relié à quelques électrodes collées sur le thorax, enregistre en continu l’activité électrique du cœur pendant que vous vivez normalement. Là où l’électrocardiogramme du cabinet est une photo du cœur à un instant précis, le Holter en est le film.

Son objectif principal est d’établir une corrélation symptôme-rythme : savoir si ce que vous ressentez s’accompagne, ou non, d’un trouble du rythme. C’est le cœur du diagnostic en rythmologie1.

Dans quelles situations je le prescris

  • Des palpitations : cœur qui s’emballe, bat trop fort ou de façon irrégulière (voir l’article « Docteur, j’ai des extrasystoles »)1.
  • Une suspicion de fibrillation atriale : son diagnostic repose sur un enregistrement de l’arythmie, d’au moins 30 secondes sur un Holter2.
  • Des malaises, des vertiges ou une syncope (perte de connaissance brève), qui peuvent traduire un cœur trop lent (bradycardie), des pauses ou un trouble de la conduction électrique, comme un bloc auriculo-ventriculaire, parfois à l’origine de la pose d’un stimulateur cardiaque3.
  • Des extrasystoles, pour mesurer leur charge, c’est-à-dire leur proportion parmi l’ensemble des battements, et analyser leur forme4. Au-delà d’environ 10 % des battements, et surtout au-delà de 20 %, des extrasystoles ventriculaires peuvent à la longue affaiblir le cœur5.
  • Le suivi d’un traitement : vérifier l’efficacité d’un médicament antiarythmique, ou contrôler l’absence de récidive après une ablation de fibrillation atriale6.

Les différents types d’enregistrement

En consultation, la première question que je pose concerne la fréquence de vos symptômes : c’est elle qui guide le choix. Le principe est simple : plus les symptômes sont rares, plus l’enregistrement doit être long, car le rendement diagnostique (la probabilité de « capter » l’événement) augmente avec la durée1.

  • Le Holter classique, de 24 à 48 heures, relié par des fils à des électrodes. Je le prescris lorsque les symptômes sont quotidiens, pour quantifier des extrasystoles, ou pour contrôler un traitement.
  • Le Holter longue durée, de 7 à 14 jours, le plus souvent un patch sans fil collé sur le thorax. Dans une étude comparant les deux méthodes chez les mêmes patients, le patch de 14 jours a détecté nettement plus d’arythmies que le Holter de 24 heures (environ 1,5 fois plus)7.
  • L’ECG à la demande, avec une montre connectée ou un appareil portable, qui enregistre un électrocardiogramme au moment précis du symptôme. Il est très utile pour des palpitations brèves et occasionnelles, mais le tracé doit toujours être interprété par un cardiologue2.
  • Le Holter implantable (ou moniteur cardiaque implantable) : une petite puce glissée sous la peau sous anesthésie locale, qui surveille le cœur pendant plusieurs années. Il est recommandé en cas de syncopes récidivantes inexpliquées8.

Le cas de l’AVC illustre bien l’importance de la durée. Après un AVC dit cryptogénique (sans cause retrouvée), une fibrillation atriale silencieuse est souvent en cause. Une surveillance de 30 jours en détecte environ cinq fois plus qu’un Holter de 24 heures (16 % contre 3 %)9, et un Holter implantable environ six fois plus qu’une surveillance classique après un an (12 % contre 2 %)10. Or, la découvrir change tout, puisqu’elle conduit à un traitement anticoagulant pour prévenir une récidive.

À ne pas confondre : le Holter tensionnel (ou MAPA) ne surveille pas le rythme, mais la tension artérielle sur 24 heures (voir l’article « Comment savoir si je fais de l’hypertension artérielle ? »).

Quel enregistrement pour quels symptômes ?
Plus les symptômes sont rares, plus l’enregistrement doit être long : du simple électrocardiogramme au Holter implantable. Schéma réalisé par le Dr Amraoui Sana.

Comment se déroule la pose ?

La pose est rapide (une dizaine de minutes) et indolore. Des électrodes sont collées sur le thorax et reliées au boîtier, porté à la ceinture ou autour du cou ; pour un Holter longue durée, le patch est simplement collé sur la peau. La qualité du signal dépend du bon contact des électrodes : venez la peau propre et sèche, sans crème ni lait corporel, et un petit rasage des zones de pose est parfois nécessaire.

Pendant l’enregistrement : mes conseils

  • Vivez normalement : travail, marche, activité physique habituelle, sommeil. Un enregistrement « au repos forcé » risquerait de passer à côté de l’événement.
  • Notez vos symptômes dans le carnet fourni, avec l’heure, la sensation et l’activité en cours. Certains appareils ont un bouton à presser au moment du symptôme. C’est ce qui permet d’établir la corrélation symptôme-rythme.
  • Pas de douche ni de bain avec un Holter classique, qui n’est pas étanche. Pour un patch, suivez la consigne qui vous est donnée.
  • Si une électrode se décolle, appuyez dessus pour la recoller : un signal de mauvaise qualité peut créer des artéfacts (de faux signaux) ou masquer un événement.
  • Gardez-le jusqu’au bout et rapportez-le à la date prévue.

Ce que je regarde dans votre enregistrement

L’enregistrement est d’abord analysé par un logiciel, puis relu et validé par le cardiologue, car les algorithmes peuvent confondre un artéfact avec une arythmie. Je regarde en particulier :

  • la fréquence cardiaque minimale, maximale et moyenne, et son adaptation à l’effort et au sommeil ;
  • les pauses et les ralentissements, et leur survenue de jour ou de nuit ;
  • la charge en extrasystoles, leur forme et la présence de salves ;
  • les épisodes de tachycardie et, bien sûr, de fibrillation atriale, avec leur durée ;
  • et surtout, la correspondance avec les symptômes notés dans votre carnet.

Un Holter normal pendant vos symptômes est aussi une information précieuse : il permet d’écarter un trouble du rythme comme cause de ce que vous ressentez. Je vous explique les résultats en consultation, avec la suite à donner : simple surveillance, examens complémentaires comme une échographie cardiaque, ou traitement.

En résumé

Le Holter est le « film » de votre cœur dans votre vie de tous les jours. Son objectif est de relier vos symptômes à votre rythme cardiaque. La durée d’enregistrement s’adapte à la fréquence des symptômes : de 24 heures à plusieurs années avec un Holter implantable. Vivez normalement, notez ce que vous ressentez et gardez-le jusqu’au bout : c’est ainsi qu’il nous aide le mieux à poser le bon diagnostic.

Secrétariat : 07 55 50 52 58

Références

  1. Steinberg JS, Varma N, Cygankiewicz I, et al. 2017 ISHNE-HRS expert consensus statement on ambulatory ECG and external cardiac monitoring/telemetry. Heart Rhythm. 2017;14(7):e55-e96.
  2. Van Gelder IC, Rienstra M, Bunting KV, et al. 2024 ESC Guidelines for the management of atrial fibrillation developed in collaboration with the European Association for Cardio-Thoracic Surgery (EACTS). Eur Heart J. 2024;45(36):3314-3414.
  3. Glikson M, Nielsen JC, Kronborg MB, et al. 2021 ESC Guidelines on cardiac pacing and cardiac resynchronization therapy. Eur Heart J. 2021;42(35):3427-3520.
  4. Zeppenfeld K, Tfelt-Hansen J, de Riva M, et al. 2022 ESC Guidelines for the management of patients with ventricular arrhythmias and the prevention of sudden cardiac death. Eur Heart J. 2022;43(40):3997-4126.
  5. Baman TS, Lange DC, Ilg KJ, et al. Relationship between burden of premature ventricular complexes and left ventricular function. Heart Rhythm. 2010;7(7):865-869.
  6. Tzeis S, Gerstenfeld EP, Kalman J, et al. 2024 European Heart Rhythm Association/Heart Rhythm Society/Asia Pacific Heart Rhythm Society/Latin American Heart Rhythm Society expert consensus statement on catheter and surgical ablation of atrial fibrillation. Europace. 2024;26(4):euae043.
  7. Barrett PM, Komatireddy R, Haaser S, et al. Comparison of 24-hour Holter monitoring with 14-day novel adhesive patch electrocardiographic monitoring. Am J Med. 2014;127(1):95.e11-95.e17.
  8. Brignole M, Moya A, de Lange FJ, et al. 2018 ESC Guidelines for the diagnosis and management of syncope. Eur Heart J. 2018;39(21):1883-1948.
  9. Gladstone DJ, Spring M, Dorian P, et al. Atrial fibrillation in patients with cryptogenic stroke. N Engl J Med. 2014;370(26):2467-2477.
  10. Sanna T, Diener HC, Passman RS, et al. Cryptogenic stroke and underlying atrial fibrillation. N Engl J Med. 2014;370(26):2478-2486.

Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Si besoin, demandez l’avis de votre médecin ou de votre cardiologue.

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