Examens & Diagnostic
Docteur, j’ai des extrasystoles : faut-il s’inquiéter ?
Une extrasystole est un battement cardiaque anticipé, qui survient avant le battement attendu dans le cycle cardiaque normal.
Dr Sana Amraoui · 6 min · Septembre 2026
Cardiologue et rythmologue interventionnelle. Formée à Bordeaux et à Londres, j’accompagne mes patients à Paris dans le traitement des troubles du rythme cardiaque et la prévention cardiovasculaire.
« Mon cœur saute un battement », « j’ai senti un coup dans la poitrine », « j’ai l’impression que mon cœur s’arrête »… Ces sensations sont l’un des premiers motifs de consultation en rythmologie. Le plus souvent, il s’agit d’extrasystoles. Bénignes dans la grande majorité des cas, elles justifient pourtant toujours un bilan, car certaines situations doivent être repérées. Voici ce qu’il faut savoir, et la façon dont je les prends en charge.
Qu’est-ce qu’une extrasystole ?
Normalement, chaque battement est déclenché par le nœud sinusal, le stimulateur naturel du cœur, situé dans l’oreillette droite. Une extrasystole est un battement prématuré, né d’un foyer ectopique, c’est-à-dire d’un petit groupe de cellules situé en dehors du nœud sinusal, qui se dépolarise trop tôt. On distingue :
- les extrasystoles auriculaires (ESA), nées dans les oreillettes ;
- les extrasystoles ventriculaires (ESV), nées dans les ventricules, le plus souvent dans la chambre de chasse du ventricule droit lorsque le cœur est sain.
Elles sont extrêmement fréquentes : sur un Holter de 24 à 48 heures, on en retrouve chez une large majorité de personnes en bonne santé1. Leur présence ne signifie donc pas, à elle seule, que le cœur est malade.
Pourquoi les ressent-on ?
Souvent, on ne les sent pas : elles sont découvertes par hasard. Quand elles sont ressenties, c’est rarement l’extrasystole elle-même que l’on perçoit, mais ce qui la suit : un repos compensateur (une courte pause, « le cœur s’arrête »), puis un battement plus vigoureux, car le ventricule a eu plus de temps pour se remplir. C’est ce que l’on appelle la potentialisation post-extrasystolique : « le coup dans la poitrine ».
Ces sensations sont souvent plus nettes au repos, le soir ou allongé sur le côté gauche, lorsque le rythme cardiaque ralentit. Leur caractère imprévisible génère fréquemment de l’anxiété, qui à son tour entretient les extrasystoles : un cercle vicieux que l’on rencontre très souvent en consultation.
Les facteurs favorisants
- Le stress et l’anxiété, qui augmentent le tonus sympathique (l’« accélérateur » du cœur) et l’excitabilité des foyers ectopiques2 (voir l’article « Stress chronique : et si votre cœur perdait le rythme ? »).
- La fatigue et le manque de sommeil.
- Les excitants. Dans un essai randomisé où des volontaires alternaient des jours avec et sans café, les extrasystoles ventriculaires étaient environ 50 % plus nombreuses les jours de café3. Pour autant, une consommation modérée n’augmente pas le risque global de trouble du rythme dans la population4 : la sensibilité est individuelle.
- L’alcool, le tabac, certaines drogues et certains médicaments.
- Les périodes hormonales : cycle menstruel, grossesse, ménopause.
- Les troubles ioniques : un manque de potassium (hypokaliémie) ou de magnésium (hypomagnésémie).
- Certaines maladies : hyperthyroïdie, anémie, apnée du sommeil, et bien sûr une cardiopathie sous-jacente (maladie du cœur).
Bénignes… ou à surveiller ?
Lorsque les extrasystoles sont peu nombreuses et que le bilan montre un cœur structurellement sain, elles sont bénignes. Certaines situations justifient en revanche une surveillance rapprochée :
- Une charge extrasystolique élevée, c’est-à-dire une proportion importante d’extrasystoles parmi l’ensemble des battements sur 24 heures. Au-delà d’environ 10 %, et surtout au-delà de 20 à 25 %, des ESV peuvent entraîner une cardiomyopathie rythmique : le ventricule gauche se dilate et se contracte moins bien5. Bonne nouvelle : cette cardiomyopathie est le plus souvent réversible lorsque l’on supprime les extrasystoles6.
- Des ESA très nombreuses, associées à un risque nettement plus élevé de développer une fibrillation atriale, et même d’AVC, au fil des années7.
- Des ESV sur une cardiopathie (cicatrice d’infarctus, cardiomyopathie), polymorphes (de plusieurs formes), groupées en doublets, triplets ou en salves de tachycardie ventriculaire, ou qui augmentent à l’effort8.
- Des antécédents familiaux de mort subite ou de maladie cardiaque héréditaire.
- Une syncope (perte de connaissance) associée : c’est une urgence.
Le bilan que je réalise
Tout commence par l’interrogatoire : circonstances des symptômes, facteurs déclenchants, antécédents personnels et familiaux, traitements et consommations. Puis :
- un électrocardiogramme, qui permet souvent de localiser l’origine des extrasystoles d’après leur forme ;
- un Holter rythmique de 24 à 48 heures, parfois plus long, pour mesurer la charge extrasystolique, analyser leur morphologie et rechercher des salves9. Une montre connectée peut aussi aider à documenter les symptômes plus rares ;
- une échographie cardiaque, systématique, pour vérifier l’absence de cardiopathie et mesurer la fonction du ventricule gauche ;
- une IRM cardiaque en cas d’ESV nombreuses ou polymorphes, d’anomalie à l’échographie ou d’antécédents familiaux, pour rechercher une fibrose ou une cardiomyopathie passée inaperçue8 ;
- parfois un test d’effort, et une prise de sang (thyroïde, potassium, magnésium, numération).
Quels traitements ?
Lorsque les extrasystoles sont bénignes et peu gênantes, l’explication et l’hygiène de vie suffisent le plus souvent. Comprendre le mécanisme permet, à lui seul, de réduire beaucoup l’anxiété qu’elles génèrent.
Lorsqu’elles sont symptomatiques ou fréquentes, je propose en première intention un bêtabloquant, qui diminue l’excitabilité du foyer et atténue les symptômes ; d’autres antiarythmiques peuvent être discutés dans certaines situations, après un bilan complet8.
Lorsqu’elles sont très fréquentes, mal tolérées malgré le traitement, ou responsables d’une baisse de la fonction cardiaque, l’ablation par cathéter est le traitement de référence. Guidée par la cartographie en 3D, elle permet de localiser précisément le foyer ectopique, puis de le neutraliser. Pour les ESV de la chambre de chasse du ventricule droit, un essai randomisé a montré qu’environ 8 patients sur 10 n’avaient plus de récidive un an après l’ablation, contre à peine 1 sur 10 sous médicaments10. Et lorsque le cœur avait commencé à se fatiguer, sa fonction récupère le plus souvent6.
Le suivi comprend une consultation, un électrocardiogramme et, si besoin, un nouveau Holter pour confirmer la diminution de la charge extrasystolique, ainsi qu’une échographie de contrôle si la fonction cardiaque était altérée.
Mes conseils au quotidien
- Levez le pied sur les excitants si vous êtes gêné : café, thé, boissons énergisantes. Réduisez progressivement pour éviter les maux de tête.
- Modérez l’alcool et arrêtez le tabac.
- Dormez suffisamment, à horaires réguliers.
- Apprivoisez votre stress : la cohérence cardiaque est un excellent outil, et vous pouvez pratiquer avec moi grâce à ma séance guidée de 5 minutes en vidéo.
- Pensez au magnésium : oléagineux, légumineuses, céréales complètes, chocolat noir. Dans un essai randomisé contre placebo, une cure d’un mois a réduit de plus de 70 % le nombre d’extrasystoles chez trois patients sur quatre, avec une nette amélioration des symptômes11. Elle se fait sur avis médical, et elle est contre-indiquée en cas d’insuffisance rénale.
- Bougez régulièrement : une activité physique adaptée améliore souvent la tolérance.
- Ne vous « écoutez » pas en permanence : prendre son pouls sans cesse entretient l’anxiété… et les extrasystoles.
Quand consulter ?
Consultez en cas de palpitations nouvelles, fréquentes ou gênantes : un bilan simple permet le plus souvent de vous rassurer. Appelez le 15 en cas de malaise, de perte de connaissance, de douleur dans la poitrine, d’essoufflement important ou de palpitations rapides qui ne cèdent pas.
En résumé
Les extrasystoles sont des battements prématurés nés d’un foyer ectopique, très fréquents et le plus souvent bénins. Ce que l’on ressent, c’est la pause et le battement plus fort qui les suivent. Le bilan (électrocardiogramme, Holter, échographie, parfois IRM) vérifie que le cœur est sain et mesure la charge extrasystolique. Hygiène de vie, gestion du stress, bêtabloquant ou ablation : il existe toujours une solution adaptée pour retrouver un cœur apaisé.
Secrétariat : 07 55 50 52 58
Références
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- Leo DG, Ozdemir H, Lane DA, et al. At the heart of the matter: how mental stress and negative emotions affect atrial fibrillation. Front Cardiovasc Med. 2023;10:1171647.
- Marcus GM, Rosenthal DG, Nah G, et al. Acute effects of coffee consumption on health among ambulatory adults. N Engl J Med. 2023;388(12):1092-1100.
- Kim EJ, Hoffmann TJ, Nah G, et al. Coffee consumption and incident tachyarrhythmias: reported behavior, mendelian randomization, and their interactions. JAMA Intern Med. 2021;181(9):1185-1193.
- Baman TS, Lange DC, Ilg KJ, et al. Relationship between burden of premature ventricular complexes and left ventricular function. Heart Rhythm. 2010;7(7):865-869.
- Cha YM, Lee GK, Klarich KW, Grogan M. Premature ventricular contraction-induced cardiomyopathy: a treatable condition. Circ Arrhythm Electrophysiol. 2012;5(1):229-236.
- Binici Z, Intzilakis T, Nielsen OW, Køber L, Sajadieh A. Excessive supraventricular ectopic activity and increased risk of atrial fibrillation and stroke. Circulation. 2010;121(17):1904-1911.
- Zeppenfeld K, Tfelt-Hansen J, de Riva M, et al. 2022 ESC Guidelines for the management of patients with ventricular arrhythmias and the prevention of sudden cardiac death. Eur Heart J. 2022;43(40):3997-4126.
- Steinberg JS, Varma N, Cygankiewicz I, et al. 2017 ISHNE-HRS expert consensus statement on ambulatory ECG and external cardiac monitoring/telemetry. Heart Rhythm. 2017;14(7):e55-e96.
- Ling Z, Liu Z, Su L, et al. Radiofrequency ablation versus antiarrhythmic medication for treatment of ventricular premature beats from the right ventricular outflow tract: prospective randomized study. Circ Arrhythm Electrophysiol. 2014;7(2):237-243.
- De Falco CN, Grupi C, Sosa E, et al. Successful improvement of frequency and symptoms of premature complexes after oral magnesium administration. Arq Bras Cardiol. 2012;98(6):480-487.
Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Si besoin, demandez l’avis de votre médecin ou de votre cardiologue.
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