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Examens & Diagnostic

Analysons ensemble un électrocardiogramme

L'électrocardiogramme, simple et indolore, ouvre chaque consultation. Comment il se déroule, ce qu'il révèle du rythme cardiaque, et ses limites.

Dr Sana Amraoui · 5 min · Septembre 2026

Examen simple, rapide et indolore, l’électrocardiogramme (ECG) est la porte d’entrée de toute consultation de cardiologie. Comment se déroule-t-il, que révèle-t-il de l’activité électrique du cœur, et quelles sont ses limites ? Décryptage.

L’ECG en pratique

L’électrocardiogramme enregistre l’activité électrique du cœur grâce à dix électrodes adhésives : quatre placées sur les membres et six sur le thorax. Elles permettent d’obtenir un tracé à douze dérivations, c’est-à-dire douze « angles de vue » différents sur le cœur.

Le patient est allongé, au repos, torse dégagé. L’examen est non invasif, totalement indolore et sans irradiation. L’enregistrement lui-même ne dure que quelques secondes : l’ensemble de l’examen prend moins de 10 minutes.

Il est réalisé au cabinet, par le cardiologue ou le médecin généraliste. En cardiologie, il fait partie de l’examen de routine de chaque consultation.

Quand réaliser un ECG ?

  • Dans le cadre d’un bilan cardiologique, notamment en prévention cardiovasculaire.
  • En présence de symptômes : palpitations, douleur thoracique, essoufflement inhabituel, malaise, lipothymie ou syncope.
  • En présence de facteurs de risque cardiovasculaire : hypertension artérielle, diabète, dyslipidémie, tabagisme, surpoids, syndrome d’apnée du sommeil, antécédents familiaux.
  • Pour le suivi d’une cardiopathie connue ou la surveillance de certains traitements, en particulier ceux qui modifient la conduction ou l’intervalle QT.
  • Avant la reprise d’une activité sportive ou en bilan préopératoire.

Le cœur, une pompe commandée par l’électricité

Le cœur est un muscle, le myocarde, composé de cellules appelées cardiomyocytes. Chaque contraction est déclenchée par un signal électrique : la dépolarisation de la membrane cellulaire provoque l’entrée de calcium dans la cellule, qui active la contraction. C’est le couplage excitation-contraction. La repolarisation permet ensuite à la cellule de retrouver son état de repos avant le battement suivant.

Grâce à cette activité électrique coordonnée, le cœur fonctionne comme une pompe. Le ventricule droit envoie le sang vers les poumons, où il se charge en oxygène. Le ventricule gauche l’éjecte ensuite dans l’aorte, vers l’ensemble de l’organisme, pour oxygéner les organes et les muscles.

Le circuit électrique du cœur

Le signal électrique suit un trajet précis, du haut vers le bas du cœur, c’est-à-dire des oreillettes vers les ventricules.

  1. Le nœud sinusal, situé dans l’oreillette droite, est le pacemaker naturel du cœur. Ses cellules génèrent spontanément une impulsion, 60 à 100 fois par minute au repos.
  2. L’impulsion se propage dans les deux oreillettes, qui se contractent et chassent le sang vers les ventricules.
  3. Le nœud auriculo-ventriculaire marque un relais : il ralentit brièvement la conduction, ce qui laisse aux ventricules le temps de se remplir.
  4. Le faisceau de His, puis ses branches droite et gauche, conduisent l’influx le long du septum interventriculaire.
  5. Le réseau de Purkinje distribue enfin le signal à l’ensemble des ventricules, qui se contractent de façon synchrone.
Schéma du système de conduction du cœur, du nœud sinusal au réseau de Purkinje, et tracé ECG en rythme sinusal avec les ondes P, QRS et T.
Le système de conduction du cœur et sa traduction sur un ECG en rythme sinusal.

le coeur en action

Dr Sana Amraoui

0:24

Le cœur en action : l’influx électrique et la contraction, en animation ralentie. Vidéo réalisée par le Dr Amraoui.

Les bases de lecture d’un ECG

Chaque battement cardiaque se traduit sur le tracé par une succession d’ondes, chacune correspondant à une étape du circuit électrique.

Élément du tracéCe qu’il représenteValeur normale
Onde PDépolarisation des oreillettesMoins de 120 ms
Intervalle PRTemps de conduction des oreillettes aux ventricules120 à 200 ms
Complexe QRSDépolarisation des ventriculesMoins de 120 ms
Segment STDébut de la repolarisation ventriculaireIsoélectrique
Onde TRepolarisation ventriculairePositive dans la plupart des dérivations
Intervalle QTDurée totale de l’activité électrique ventriculaireVariable selon la fréquence (QT corrigé)

Le cardiologue analyse systématiquement le rythme (sinusal ou non), la fréquence cardiaque, l’axe électrique, puis chacune de ces ondes et intervalles, dérivation par dérivation.

Ce que l’ECG permet de dépister

Les troubles du rythme

L’ECG identifie les arythmies présentes au moment de l’enregistrement : fibrillation atriale, flutter atrial, tachycardies supraventriculaires, tachycardies ventriculaires, extrasystoles auriculaires ou ventriculaires. Il peut aussi révéler un terrain arythmogène, comme une voie accessoire (syndrome de Wolff-Parkinson-White), un QT long congénital ou un aspect de syndrome de Brugada.

Les troubles de la conduction

Il met en évidence les anomalies de propagation de l’influx : dysfonction sinusale, blocs auriculo-ventriculaires du premier, deuxième ou troisième degré, blocs de branche droit ou gauche.

L’ischémie myocardique

L’ECG est un outil clé du diagnostic de l’infarctus du myocarde. Un sus-décalage du segment ST signe un syndrome coronarien aigu avec occlusion d’une artère coronaire : c’est une urgence absolue. Un sous-décalage du ST ou des ondes T négatives peuvent traduire une ischémie. Des ondes Q de nécrose témoignent d’un infarctus ancien, parfois passé inaperçu.

D’autres anomalies

Le tracé peut également orienter vers une hypertrophie ventriculaire (par exemple liée à une hypertension artérielle ancienne), une péricardite ou des troubles électrolytiques, comme une anomalie du potassium.

Un ECG normal ne veut pas dire un cœur normal

L’ECG de repos est un instantané de quelques secondes. Un tracé normal est rassurant, mais il n’élimine pas certaines pathologies.

Les arythmies et troubles de conduction paroxystiques surviennent par épisodes, parfois brefs et espacés. Entre deux crises, l’ECG est souvent parfaitement normal. C’est tout l’intérêt de la surveillance prolongée du rythme cardiaque : Holter ECG de 24 heures à plusieurs jours, enregistreur d’événements, voire moniteur implantable lorsque les symptômes sont rares.

La maladie coronaire en cours de constitution peut elle aussi échapper à l’ECG de repos. Dans l’angor stable, l’ischémie n’apparaît qu’à l’effort, lorsque les besoins en oxygène du myocarde augmentent. Certains syndromes coronariens aigus s’accompagnent également d’un tracé peu modifié. Selon le contexte, le cardiologue pousse alors les investigations : test d’effort, échographie de stress, scintigraphie myocardique, coroscanner ou coronarographie.

Enfin, l’ECG renseigne sur l’activité électrique, pas sur la structure du cœur. L’étude des valves, de la contractilité et des cavités cardiaques repose sur l’échographie cardiaque.

Et après l’ECG ?

Lorsque l’ECG révèle un trouble du rythme ou de la conduction, ou lorsque des symptômes persistent malgré un tracé normal, une consultation de rythmologie permet d’aller plus loin : enregistrement prolongé du rythme, Holter implantable si les épisodes sont rares, voire montre connectée pour documenter une crise au moment où elle survient. Selon le diagnostic, un traitement adapté peut être proposé, médicamenteux ou interventionnel comme l’ablation par cathéter.

Pour un bilan cardiovasculaire complet en prévention, l’ECG est également réalisé au centre Cardio Check-Up.

Secrétariat : 07 55 50 52 58

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale.

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