Prévention & Conseils
5 signes qui doivent vous inciter à consulter un cardiologue
Douleur dans la poitrine, essoufflement inhabituel, palpitations… Voici cinq signaux que votre cœur vous envoie et qu'il vaut mieux ne pas ignorer.
Dr Sana Amraoui · 7 min · Mai 2026
Cardiologue et rythmologue interventionnelle. Formée à Bordeaux et à Londres, j’accompagne mes patients à Paris dans le traitement des troubles du rythme cardiaque et la prévention cardiovasculaire.
« Je pensais que c’était la fatigue », « je ne voulais pas déranger »… Ces phrases, je les entends très souvent en consultation. Le cœur sait pourtant envoyer des signaux avant qu’un problème ne devienne grave, encore faut-il les reconnaître et ne pas les banaliser. Voici cinq signes qui méritent un avis cardiologique, ce qu’ils peuvent révéler, les examens qui permettent d’y voir clair, et les situations où il ne faut surtout pas attendre.
Pourquoi ne pas attendre ?
Les maladies cardiovasculaires restent la deuxième cause de mortalité en France, à l’origine d’environ un décès sur cinq1. Beaucoup peuvent pourtant être dépistées tôt, à un stade où un traitement simple change le pronostic.
Aucun des signes ci-dessous ne signifie à lui seul une maladie grave : le plus souvent, le bilan est rassurant. Mais chacun mérite d’être pris au sérieux, surtout s’il est nouveau, s’il s’aggrave ou s’il survient à l’effort.
L’ECG en pratique
La douleur d’origine cardiaque, appelée angor (ou angine de poitrine), est typiquement une sensation de serrement, de poids ou de brûlure derrière le sternum, qui peut s’étendre au bras gauche, à la mâchoire ou au dos. Elle apparaît à l’effort, au froid ou après un repas copieux, et cède en quelques minutes au repos. Elle traduit un manque d’oxygène du muscle cardiaque, le plus souvent lié au rétrécissement d’une artère coronaire (les artères qui nourrissent le cœur)2.
Elle n’est pas toujours aussi typique. Chez certaines personnes, l’angor se manifeste uniquement par un essoufflement à l’effort2. Chez les femmes, la douleur thoracique reste le symptôme le plus fréquent, mais elle s’accompagne plus souvent de signes moins évocateurs : fatigue inhabituelle, nausées, douleur du dos, de la mâchoire ou du haut du ventre. Ces formes dites « atypiques » expliquent en partie des diagnostics plus tardifs chez la femme3. Il en va de même chez les personnes âgées ou diabétiques.
Le bilan repose sur l’électrocardiogramme (ECG), l’échographie cardiaque et, selon les cas, une épreuve d’effort ou un coroscanner (scanner des artères coronaires), que les recommandations européennes placent désormais en première ligne lorsque la probabilité de maladie coronaire est faible à intermédiaire2.
L’ECG en pratique
L’essoufflement, ou dyspnée, est normal lors d’un effort intense. Il devient anormal lorsqu’il apparaît pour des efforts que vous faisiez sans difficulté, comme monter un étage, ou lorsqu’il s’aggrave au fil des semaines. Deux situations sont particulièrement évocatrices d’une origine cardiaque : le besoin de dormir avec plusieurs oreillers pour bien respirer (orthopnée), et le réveil nocturne avec une sensation d’étouffement qui oblige à s’asseoir4.
Il peut révéler une insuffisance cardiaque (le cœur ne pompe plus assez efficacement), une maladie d’une valve comme le rétrécissement aortique, une maladie coronaire, ou un trouble du rythme comme la fibrillation atriale. L’insuffisance cardiaque concerne 1 à 2 % des adultes, et plus de 10 % des personnes de plus de 70 ans4.
Une simple prise de sang, le dosage des peptides natriurétiques (BNP ou NT-proBNP, des hormones libérées par le cœur lorsqu’il est en souffrance), associée à une échographie cardiaque, permet le plus souvent de confirmer ou d’écarter une origine cardiaque4.
3. Un malaise ou une perte de connaissance
Une perte de connaissance brève, avec une récupération spontanée et complète, s’appelle une syncope. Elle est fréquente et, le plus souvent, bénigne : il s’agit alors d’une syncope réflexe, ou « malaise vagal », favorisée par la chaleur, la station debout prolongée, la douleur ou l’émotion, et précédée de signes annonciateurs comme des sueurs, des nausées ou une vision trouble5.
Mais une syncope peut aussi être d’origine cardiaque : un rythme trop lent, par exemple un bloc auriculo-ventriculaire (un défaut de transmission de l’influx électrique entre les oreillettes et les ventricules, qui peut nécessiter un stimulateur cardiaque), un rythme trop rapide, ou un obstacle comme un rétrécissement aortique. Dans une grande cohorte suivie pendant plus de 15 ans, une syncope d’origine cardiaque était associée à un risque de décès environ deux fois plus élevé, alors qu’un malaise vagal n’augmentait pas ce risque6. D’où l’importance de faire la différence.
Certains éléments doivent conduire à un avis rapide5 :
- une perte de connaissance pendant un effort ou en position allongée ;
- un malaise sans signe annonciateur, ou précédé de palpitations ;
- une maladie cardiaque connue ;
- des antécédents familiaux de mort subite avant 40 ans.
En tant que rythmologue, c’est une situation que je rencontre très souvent. L’ECG, le Holter et l’échographie permettent souvent d’en trouver la cause. Lorsque les malaises sont rares, un Holter implantable peut surveiller le rythme cardiaque pendant plusieurs années, jusqu’au prochain épisode5.
4. Des palpitations
Les palpitations correspondent à la perception anormale de ses propres battements cardiaques : un cœur qui s’emballe, qui bat fort, qui « saute » un battement ou qui devient irrégulier. C’est l’un des motifs les plus fréquents de consultation en cardiologie7.
Le plus souvent, elles sont bénignes : accélération normale du cœur liée au stress, à la fièvre ou au café, ou extrasystoles. Mais elles peuvent aussi révéler un véritable trouble du rythme, en particulier une fibrillation atriale. Très fréquente, elle concernera environ une personne sur trois après 55 ans au cours de sa vie8, et multiplie par environ cinq le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC)9.
La clé du diagnostic est d’enregistrer le cœur pendant le symptôme7. Quelques réflexes simples m’aident beaucoup :
- notez le début (brutal ou progressif), la durée, la régularité des battements et les circonstances ;
- prenez votre pouls, ou enregistrez un ECG avec une montre connectée si vous en possédez une ;
- si possible, faites réaliser un ECG pendant la crise.
Selon la fréquence des épisodes, je propose ensuite un Holter de 24 heures à plusieurs jours, voire davantage. Des palpitations associées à un malaise, à une douleur thoracique ou survenant à l’effort nécessitent un avis rapide7.
5. Des jambes qui gonflent, une fatigue qui dure
Des chevilles qui gonflent en fin de journée (œdèmes, qui gardent la marque du doigt lorsqu’on appuie), une prise de poids rapide et inexpliquée, ou une fatigue persistante et inhabituelle peuvent traduire une rétention d’eau liée à une insuffisance cardiaque. Une prise de poids de plus de 2 kg en 3 jours doit notamment faire consulter rapidement4.
Ces signes ont bien d’autres causes possibles : insuffisance veineuse, certains médicaments contre l’hypertension, maladie des reins, anémie, troubles de la thyroïde, apnée du sommeil… Une fatigue durable peut aussi venir d’un trouble du rythme, comme une fibrillation atriale peu symptomatique ou un rythme cardiaque trop lent. C’est tout l’intérêt d’un bilan : écarter une cause cardiaque, ou la traiter tôt.
Quand appeler le 15 sans attendre ?
Et sans symptôme ? Pensez à la prévention
L’absence de symptôme ne signifie pas l’absence de risque. L’étude INTERHEART, menée dans 52 pays, a montré que neuf facteurs de risque modifiables (tabac, cholestérol, hypertension, diabète, obésité abdominale, stress, alimentation pauvre en fruits et légumes, sédentarité et consommation d’alcool) expliquaient à eux seuls plus de 90 % du risque d’infarctus11.
Un bilan de prévention cardiovasculaire est donc recommandé si vous avez des facteurs de risque (hypertension artérielle, cholestérol, diabète, tabac, surpoids), des antécédents familiaux de maladie cardiaque précoce, ou avant de reprendre une activité sportive intense. Il permet d’estimer votre risque cardiovasculaire global à 10 ans, grâce à des scores comme le SCORE2, et d’adapter la prévention à votre profil12.
En résumé
Douleur thoracique, essoufflement inhabituel, malaise, palpitations, jambes gonflées ou fatigue persistante : ces signes ne signifient pas forcément une maladie grave, mais ils méritent un avis. Un examen clinique, un ECG et une échographie suffisent souvent à rassurer, ou à dépister un problème qui se soigne d’autant mieux qu’il est pris en charge tôt. Et devant un signe d’alarme, le bon réflexe reste le 15.
Secrétariat : 07 55 50 52 58
Références
- Santé publique France. Maladies cardiovasculaires et accident vasculaire cérébral. Dossier thématique, mis à jour le 7 juillet 2025.
- Vrints C, Andreotti F, Koskinas KC, et al. 2024 ESC Guidelines for the management of chronic coronary syndromes. Eur Heart J. 2024;45(36):3415-3537.
- Mehta LS, Beckie TM, DeVon HA, et al. Acute myocardial infarction in women: a scientific statement from the American Heart Association. Circulation. 2016;133(9):916-947.
- McDonagh TA, Metra M, Adamo M, et al. 2021 ESC Guidelines for the diagnosis and treatment of acute and chronic heart failure. Eur Heart J. 2021;42(36):3599-3726.
- Brignole M, Moya A, de Lange FJ, et al. 2018 ESC Guidelines for the diagnosis and management of syncope. Eur Heart J. 2018;39(21):1883-1948.
- Soteriades ES, Evans JC, Larson MG, et al. Incidence and prognosis of syncope. N Engl J Med. 2002;347(12):878-885.
- Raviele A, Giada F, Bergfeldt L, et al. Management of patients with palpitations: a position paper from the European Heart Rhythm Association. Europace. 2011;13(7):920-934.
- Van Gelder IC, Rienstra M, Bunting KV, et al. 2024 ESC Guidelines for the management of atrial fibrillation developed in collaboration with the European Association for Cardio-Thoracic Surgery (EACTS). Eur Heart J. 2024;45(36):3314-3414.
- Wolf PA, Abbott RD, Kannel WB. Atrial fibrillation as an independent risk factor for stroke: the Framingham Study. Stroke. 1991;22(8):983-988.
- Byrne RA, Rossello X, Coughlan JJ, et al. 2023 ESC Guidelines for the management of acute coronary syndromes. Eur Heart J. 2023;44(38):3720-3826.
- Yusuf S, Hawken S, Ôunpuu S, et al. Effect of potentially modifiable risk factors associated with myocardial infarction in 52 countries (the INTERHEART study): case-control study. Lancet. 2004;364(9438):937-952.
- Visseren FLJ, Mach F, Smulders YM, et al. 2021 ESC Guidelines on cardiovascular disease prevention in clinical practice. Eur Heart J. 2021;42(34):3227-3337.
Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Si besoin, demandez l’avis de votre médecin ou de votre cardiologue.
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