Traitements & Interventions
L’ablation par cathéter : traiter un trouble du rythme à sa source ?
Une technique de référence pour traiter durablement certains troubles du rythme cardiaque, sans chirurgie à cœur ouvert. Explications en mots simples.
Dr Sana Amraoui · 5 min · Avril 2026
Cardiologue et rythmologue interventionnelle. Formée à Bordeaux et à Londres, j’accompagne mes patients à Paris dans le traitement des troubles du rythme cardiaque et la prévention cardiovasculaire.
« Docteur, on m’a parlé d’une ablation : de quoi s’agit-il ? » Pour de nombreux troubles du rythme, l’ablation par cathéter est devenue le traitement de référence. Elle ne se contente pas de calmer les symptômes : elle cible l’origine même de l’arythmie, sans ouvrir le thorax. C’est le cœur de mon métier de rythmologue interventionnelle. Voici comment elle fonctionne, quand je la propose, et comment elle se déroule.
Le principe : neutraliser la source de l’arythmie
Un trouble du rythme naît le plus souvent de deux mécanismes : un foyer ectopique, c’est-à-dire un petit groupe de cellules qui émet des impulsions électriques anormales, ou un circuit de réentrée, un « court-circuit » dans lequel l’influx électrique tourne en boucle. L’ablation consiste à repérer précisément cette zone, puis à y créer une petite cicatrice électrique, qui ne conduit plus l’électricité : le foyer est neutralisé, ou le circuit interrompu.
Pour la fibrillation atriale, l’ablation repose sur une découverte majeure faite à Bordeaux à la fin des années 1990 : la plupart des crises sont déclenchées par des foyers situés dans les veines pulmonaires1. L’ablation consiste alors à isoler électriquement ces veines (voir l’article « Pourquoi isole-t-on les veines pulmonaires ? »).
Quand réaliser un ECG ?
- La fibrillation atriale, le trouble du rythme le plus fréquent. Les recommandations européennes placent l’ablation en première intention chez de nombreux patients atteints de forme paroxystique, et en cas d’échec ou d’intolérance des médicaments antiarythmiques2. Proposée d’emblée, elle réduit nettement les récidives par rapport aux médicaments (environ 43 % contre 68 % à un an dans un essai randomisé)3. Chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque, elle a même réduit la mortalité et les hospitalisations4.
- Le flutter auriculaire typique, un circuit de réentrée qui tourne dans l’oreillette droite. Son ablation, au niveau de l’isthme cavo-tricuspide, est simple et très efficace, avec un succès chez plus de 9 patients sur 105.
- Les tachycardies jonctionnelles : la tachycardie par réentrée intranodale (maladie de Bouveret) et les tachycardies liées à une voie accessoire (syndrome de Wolff-Parkinson-White). L’ablation y est proposée en première intention, avec un succès chez plus de 9 patients sur 10 et un risque très faible5.
- Certaines extrasystoles et tachycardies ventriculaires6. Pour les extrasystoles de la chambre de chasse du ventricule droit, environ 8 patients sur 10 n’ont plus de récidive un an après l’ablation, contre à peine 1 sur 10 sous médicaments7 (voir l’article « Docteur, j’ai des extrasystoles »).
Les énergies et la cartographie 3D
Pour créer la cicatrice électrique, plusieurs énergies existent. La radiofréquence chauffe le tissu, point par point. La cryoablation le congèle à l’aide d’un ballonnet : je n’en ai jamais été une adepte, car elle ne s’intègre pas à la cartographie 3D et expose davantage aux rayons X. Enfin, l’électroporation (ablation par champ pulsé) délivre des impulsions électriques ultra-brèves qui ciblent le muscle cardiaque en épargnant les organes voisins. Dans la fibrillation atriale, elle est au moins aussi efficace que les énergies thermiques8, avec un excellent profil de sécurité sur plus de 17 000 patients9.
Dans ma pratique, chaque ablation est guidée par la cartographie en 3 dimensions (3D) : un système informatique reconstitue l’anatomie et l’activité électrique du cœur de chaque patient, ce qui permet de localiser précisément la source de l’arythmie, de suivre les cathéters en temps réel et de limiter fortement l’exposition aux rayons X10. J’explique tout cela en détail dans l’article « Ni chaud, ni froid ? L’électroporation ».
Comment se déroule l’intervention ?
Avant, une consultation de rythmologie confirme l’indication, présente les bénéfices et les risques, et répond à vos questions. Un bilan est réalisé : prise de sang, échographie cardiaque et, pour la fibrillation atriale, souvent un scanner cardiaque qui aide à la reconstruction 3D de l’oreillette gauche.
Pendant, l’intervention se fait sous anesthésie locale et sédation, ou sous anesthésie générale. Les cathéters sont introduits par la veine fémorale, au pli de l’aine, puis guidés jusqu’au cœur ; pour atteindre l’oreillette gauche, ils traversent la fine cloison qui sépare les deux oreillettes (le septum interatrial). La durée va de moins d’une heure à quelques heures, selon l’arythmie et la technique.
Après, depuis plus de 5 ans, j’ai fait le choix de l’hospitalisation ambulatoire, en fonction des comorbidités, de la distance entre le domicile et le bloc d’intervention, et de l’entourage. Lorsque c’est possible, vous arrivez le matin et vous rentrez chez vous le soir même. La reprise des activités est rapide, avec quelques précautions au niveau du point de ponction.
Quels sont les risques ?
L’ablation est un geste très encadré, mais comme toute intervention, elle comporte des risques, qui varient selon l’arythmie traitée. Les plus fréquents sont bénins : un hématome au pli de l’aine. Les complications graves sont rares : un épanchement autour du cœur (tamponnade), un AVC, ou, avec les énergies thermiques, des lésions des organes voisins de l’oreillette gauche comme l’œsophage ou le nerf phrénique10. Ce dernier risque est fortement réduit avec l’électroporation9. Ces risques sont toujours discutés en détail lors de la consultation.
Après l’ablation
- Pour la fibrillation atriale, les premières semaines sont une période de cicatrisation : quelques palpitations peuvent survenir, sans signifier un échec.
- La durée du traitement anticoagulant ou antiarythmique est déterminée par votre médecin.
- Un suivi est organisé : consultation, électrocardiogramme et, si besoin, Holter rythmique.
- Poursuivez vos efforts d’hygiène de vie (poids, alcool, tension artérielle, activité physique, sommeil) : ils réduisent le risque de récidive.
En résumé
L’ablation par cathéter traite un trouble du rythme à sa source, en neutralisant un foyer ou en interrompant un circuit électrique. Pour le flutter et les tachycardies jonctionnelles, elle guérit la grande majorité des patients ; pour la fibrillation atriale, elle est devenue un traitement de premier plan. Guidée par la cartographie 3D, de plus en plus souvent par électroporation, et le plus souvent en ambulatoire, c’est une intervention sûre et efficace, que nous discutons ensemble en consultation.
Secrétariat : 07 55 50 52 58
Références
- Haïssaguerre M, Jaïs P, Shah DC, et al. Spontaneous initiation of atrial fibrillation by ectopic beats originating in the pulmonary veins. N Engl J Med. 1998;339(10):659-666.
- Van Gelder IC, Rienstra M, Bunting KV, et al. 2024 ESC Guidelines for the management of atrial fibrillation developed in collaboration with the European Association for Cardio-Thoracic Surgery (EACTS). Eur Heart J. 2024;45(36):3314-3414.
- Andrade JG, Wells GA, Deyell MW, et al. Cryoablation or drug therapy for initial treatment of atrial fibrillation. N Engl J Med. 2021;384(4):305-315.
- Marrouche NF, Brachmann J, Andresen D, et al. Catheter ablation for atrial fibrillation with heart failure. N Engl J Med. 2018;378(5):417-427.
- Brugada J, Katritsis DG, Arbelo E, et al. 2019 ESC Guidelines for the management of patients with supraventricular tachycardia. Eur Heart J. 2020;41(5):655-720.
- Zeppenfeld K, Tfelt-Hansen J, de Riva M, et al. 2022 ESC Guidelines for the management of patients with ventricular arrhythmias and the prevention of sudden cardiac death. Eur Heart J. 2022;43(40):3997-4126.
- Ling Z, Liu Z, Su L, et al. Radiofrequency ablation versus antiarrhythmic medication for treatment of ventricular premature beats from the right ventricular outflow tract: prospective randomized study. Circ Arrhythm Electrophysiol. 2014;7(2):237-243.
- Reddy VY, Gerstenfeld EP, Natale A, et al. Pulsed field or conventional thermal ablation for paroxysmal atrial fibrillation (ADVENT). N Engl J Med. 2023;389(18):1660-1671.
- Ekanem E, Neuzil P, Reichlin T, et al. Safety of pulsed field ablation in more than 17,000 patients with atrial fibrillation in the MANIFEST-17K study. Nat Med. 2024;30(7):2020-2029.
- Tzeis S, Gerstenfeld EP, Kalman J, et al. 2024 European Heart Rhythm Association/Heart Rhythm Society/Asia Pacific Heart Rhythm Society/Latin American Heart Rhythm Society expert consensus statement on catheter and surgical ablation of atrial fibrillation. Europace. 2024;26(4):euae043.
Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Si besoin, demandez l’avis de votre médecin ou de votre cardiologue.
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